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Ouzbékistan : l’avocate Polina Braounerg interdite de sortie de territoire par les autorités

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Alors que l’avocate Polina Braounerg prévoyait de partir à l’étranger pour recevoir des soins médicaux spécifiques dont elle a besoin urgemment, les autorités ouzbèkes lui ont interdit de quitter le territoire.
  
Polina BRAOUNERG est née le 11 octobre 1948 au Kazakhstan, dans la région d’Akmolin. Elle est citoyenne de la République d’Ouzbékistan.
 
Elle a suivi des études supérieures.
 
Elle a reçu le statut d’invalide de groupe 1.
 
Après avoir fini ses études, elle a travaillé pendant trois ans en tant qu’enquêtrice au sein du commissariat de la ville d’Almalyk. Dès sa prise de fonction, elle a été confrontée à de graves violations de la loi. Au même titre que d’autres enquêteurs, elle a été obligée de désigner comme coupables, dans des affaires non élucidées de meurtres, de vols ou de brigandage, des personnes décédées en s’appuyant sur de faux témoignages.
 
Refusant plus longtemps d’enfreindre la loi sur l’ordre de ses supérieurs, Polina Braounerg a démissionné des organes de police. Elle a commencé dés 1976 à travailler comme avocate, et est depuis lors connu dans la société civile pour son courage et sa droiture.
 
Mme Braounerg a défendu les cas de plusieurs défenseurs des droits de l’homme, notamment ceux de Fakhriddin Tillaïev et de Nouraddin Djoumaniïazov, alors en prison. Aujourd’hui, elle représente les intérêts de deux voix critiques du pouvoir actuellement emprisonnées : ceux de Mourad Djouraïev, ancien député du Parlement ouzbek, et ceux de Chavkatjon Khajikhanov, défenseur des droits de l’homme et ancien rédacteur en chef de la revue Erk (du même nom que le parti politique de Moukhammad Bekjanov notamment).
 
Polina Braounerg a accompli un immense travail en établissant les causes de la mort de Nilioufar Rakhimadjanova, condamnée à une peine de dix ans d’emprisonnement, et décédée en novembre 2014 dans une colonie pénitentiaire pour femmes. 
  • Chronologie
12 novembre 2014: Polina Braounerg a déposé les documents nécessaires pour recevoir l’autorisation de quitter le territoire auprès du département des entrées, des sorties et de la citoyenneté de la région de Tachkent, affilié au ministère de l’Intérieur (acronyme en russe: UVVIG, anciennement OVIR - service chargé de délivrer les autorisations de sortie du pays et d’enregistrer les résidents ou les citoyens étrangers en URSS avant 1991).
 
5 décembre 2014,  date à partir de laquelle le passeport de Polina Braounerg aurait dû être délivré par l’UVVIG de la région de Tachkent. Mme Braounerg n’a cependant pas pu le récupérer ce jour-là, ni les 12 et 19 décembre suivants.
 
26 décembre 2014: après s’être enquis à plusieurs reprises des suites de sa demande d’autorisation de sortie du territoire, Polina Braounerg reçut un refus officiel. Elle adressa alors une lettre au Procureur général pour dénoncer les infractions à la loi commises par l’UVVIG de la région de Tachkent. Une réponse formelle lui fut envoyée dans laquelle on la renvoya au point 3 du décret ministériel de la République d’Ouzbékistan n°8 émis le 6 janvier 1995, et qui spécifiait qu’elle était interdite de sortie de territoire sans en indiquer les raisons.
 
Son passeport lui a été ensuite renvoyé, mais sans le tampon officiel nécessaire à la sortie du territoire.
 
L’Association des Droits de l’homme en Asie centrale - AHRCA considère que l’avocate Polina Braounerg a été interdite de sortie de territoire en raison de son activité professionnelle. Avant que cette décision politiquement motivée n’ait été prise, Mme Braounerg a déclaré avoir reçu de nombreux appels anonymes et avoir été menacée à plusieurs reprises. Elle a également mentionné qu’elle était fréquemment suivie.
 
L’Association des Droits de l’homme en Asie centrale souligne que dans l’affaire de Polina Braounerg plusieurs infractions à la loi ont été commises :
 
— Infractions aux articles suivants de la Constitution d’Ouzbékistan :
  • Article 28:  «Tout citoyen de la République d’Ouzbékistan a le droit de circuler sur le territoire ouzbek, d’en sortir et d’y rentrer librement, à l’exception des cas précisés par la loi pour lesquels l’exercice de ces droits peut être restreint»;
  • Article 30 «Toutes les structures d’Etat, les institutions publiques et les fonctionnaires de la République d’Ouzbékistan ont l’obligation de garantir à tous les citoyens la possibilité de prendre connaissance des documents, des décisions, et des autres actes ayant trait à leurs droits et à leurs intérêts»;
— Infractions aux articles suivants du Pacte international relatifs aux droits civils et  politiques :
  • Article 12 <…>
         2. Toute personne est libre de quitter n’importe quel pays, y compris le sien.
  • Article 19
         1. Nul ne peut être inquiété pour ses opinions.
          2.Toute personne a droit à la liberté d’expression; ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce, sans considération de frontières, sous une forme orale, écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen de son choix.