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L'Union européenne a donné 3,7 millions d'euros à un organisme que dirige la fille du dictateur ouzbek

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Ce don n'ira-t-il pas à  quelque coterie de stars?
     
L'Union européenne a attribué 3,7 millions d'euros à une œuvre caritative dirigée par Lola Karimova-Tillyaeva, fille du  dictateur ouzbek. Madame Karimova est aussi la représentante de l'Ouzbékistan à l'UNESCO.
    
Le 19 mai 2011, lors d'un procès contre  'Rue89',  intenté par Lola Karimova-Tillyaeva, l'avocat Antoine Germain a fait état d'une lettre envoyée par le bureau de la Maison-Europe, en Ouzbékistan,  adressée au 'Centre pour la réadaptation des enfants' de la République d'Ouzbékistan (ci-dessous Le Centre) dont la direction est assurée par Lola Karimova. Cette lettre confirme que l'Union européenne a bien attribué une somme de 3,7 millions d'euros au Centre, somme qui sera inscrite au compte de cet organisme en 2011. Cette lettre, datée du 20 avril 2011, visait sans doute à servir de caution de sérieux à Mme. Karimova devant les juges parisiens.
   
A la même audience, la journaliste Anaëlle Verzaux - citée comme témoin  au sujet des frais engagés par Lola Karimova   pour organiser un gala de charité au Château de Versailles en février 2010 -  a indiqué quel était le coût estimé de cette festivité. Selon ces estimations, l'organisation dirigée par madame Karimova aurait versé 230 000 euros pour la présence au gala de l'actrice bien connue Monica Bellucci. Les informations présentées n'indiquent pas si les invités ont versé ne serait-ce qu'un seul euro à l'organisation de L.Karimova mais d'évidence celle-ci  n'a rien payé de sa poche pour ce gala.
    
Cet épisode soulève plusieurs questions:
  
1. Et d'abord celle-ci : les fonds accordés par l'UE et par d'autres donateurs étrangers peuvent-ils  servir à d'autres fins que le but affiché lors de la création du Centre, tels que, par exemple, la promotion du régime autocratique dont Lola Karimova est l'un des représentants ou l'autopromotion de cette personne. Cette question s'impose d'autant plus que les informations relatives aux activités du Centre ne sont pas diffusées sur le site internet de l'organisation (qui n'en a point) mais sur le site personnel de Lola Karimova. (http://www.lolakarimova.cz).
   
2. L'Union européenne connaît-elle vraiment la nature et le fonctionnement du Centre auquel elle fait don d'une somme aussi importante?
      
Si l'UE croit que le Centre représente vraiment la société civile ouzbek,  elle se trompe lourdement.
    
En Ouzbékistan, la majorité des organisations non gouvernementales (ONG) créées par des citoyens ordinaires - y compris celles ayant vocation d'aider des enfants souffrant de handicaps - ont été fermées au cours de la période 2004-2006, lors d'une campagne visant à démanteler les associations émanant de la société civile. Le régime ouzbek entendait ainsi répliquer aux 'révolutions de couleur' survenues dans quelques-uns des Etats de la CEI. Rien qu'en août et septembre 2005, quelque 200 organisations ont été acculées à la fermeture par la menace de poursuites pénales. Et même à l'époque où elles fonctionnaient encore, pas une seule ONG n'aurait pu rêver de telles largesses - 3,7 millions d'euros. Manifestement il faut être très près de la famille présidentielles pour recevoir pareille somme.
                                                                                           
En Ouzbékistan, pour mieux surveiller la population, le gouvernement a lui-même créé des organisations  non-gouvernementales  baptisées GONGO, en russe [mot-à-mot 'ONG Gouv.' NdT) qui - à la différence des associations réellement issues de la société civile sont enregistrées en un tournemain, sans le moindre obstacle, peuvent fonctionner librement et dans des conditions favorables.
  
C'est ainsi que le 'Le Centre'  a été créé par le  décret N°419, pris en Conseil des ministres, en date du 7.04.2004. En voici quelques-uns des alinéas qui méritent d'être cités:
                             
1. Dans le cadre de la 'Commission des femmes d'Ouzbékistan' il est créé un 'Centre de la République d'Ouzbékistan  pour la réadaptation des enfants’. Il faut savoir que la Commission des femmes est, de facto, une structure étatique, dirigée par le vice-premier ministre.
                      
2. La nomination du directeur du Centre est approuvée par le Conseil des ministres et celui-ci répond de ses activités devant le Conseil.
                
5. Le Centre est placé sur :
          - La liste des organismes qui reçoivent copie des décrets et arrêtés du Président de la République d'Ouzbékistan, des décrets et arrêtés du Conseil des ministres et des publications de l'Oliy Majilis (Parlement).
         - La liste des organismes habilités à recevoir les bulletins statistiques publiés par le ministère de l'Economie et le ministère du Travail et de la Protection sociale de la République d'Ouzbékistan.
       
      8. Dans le délai de  deux semaines, la 'Commission des femmes d'Ouzbékistan' en concertation avec le ministère du Travail et de la Protection sociale et le ministère des Finances de la République d'Ouzbékistan, établira le plan définissant les rémunérations du personnel du Centre et le taux de l'impôt unique applicable.
                                
9. Dans le délai d'un mois, la municipalité de Tachkent attribuera un bâtiment au Centre en s'assurant qu'il convient à son fonctionnement et ses activités; elle y fera procéder en tant que de besoin aux réparations nécessaires et veillera à ce qu'il dispose d'un service téléphonique.
                
10. Le vice-premier ministre de la République d'Ouzbékistan est chargé du suivi et du contrôle de la mise en œuvre du présent décret.
           
Voilà comment le régime met en scène l'existence d'une société civile en Ouzbékistan et sollicite instamment  des donateurs étrangers pour qu'ils financent les pseudo-ONG qu'il a créées. Dans le même temps, les activités des associations de citoyens n'ont pas de statut légal et leur fonctionnement est considéré comme une infraction tandis que ceux qui en sont membres encourent de graves conséquences.
  
D'autres questions se posent encore et plus particulièrement à l'actrice Monica Bellucci: Madame Bellucci, en acceptant  cette somme de Lola Karimova - saviez-vous que ces fonds proviennent d'un organisme caritatif censé apporter de l'aide à des enfants affectés de handicaps? En vous remettant ces fonds, Lola Karimova a privé des centaines d'enfants dans le besoin de la possibilité de recevoir les secours qui leur étaient nécessaires. Et si vous l'ignoriez alors, le savez-vous aujourd'hui? Qu'allez-vous faire de cet argent ?
   
A lire les requêtes de Lola Karimova contre 'Rue89' entendues récemment au tribunal, il semble que madame  Karimova soit fort préoccupée par l'image du régime dictatorial ouzbek telle que la brossent des journalistes au demeurant très compétents  travaillant dans cette rédaction. Et qu'elle s'efforce de la nettoyer ou - pour ainsi dire - de la 'blanchir', pour reprendre le vocable d'un journaliste français. Toutefois, on peut se demander, au vu des faits récemment mis au jour, s'il ne s'agit pas non seulement de 'lessiver' ou 'blanchir' l'apparence du régime mais si les fonds destinés à secourir des enfants n'ont pas été eux aussi 'blanchis'.
   
Dès lors que les activités de l'Etat et des structures étatiques  ouzbeks ne sont pas un modèle de transparence, il est permis de supposer qu'un don généreux de l'Union européenne pourrait servir à satisfaire les objectifs personnels de  Lola Karimova ou à financer de somptueux cadeaux à telle ou telle star européenne célèbre.
  
Pour finir, il ressort du cas de L.Karimova  qu'on est en présence d'un conflit d'intérêts manifeste.  Il est clair que la nomination de cette personne à un poste diplomatique résulte soit d'ordres donnés par son père, le Président de la République d'Ouzbékistan,  soit d'une décision prise pour obtenir les faveurs du dictateur Islam Karimov. L'Union européenne devrait réfléchir à ce problème lorsqu'il s'agit d'attribuer de telles sommes à un représentant du régime ouzbek, un régime corrompu.