dimanche, Oct 22nd

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Ouzbékistan : lettre de la colonie pénitentiaire 'Jaslyk': nouvelles tortures

1Pismo zakluchennogo
Cette lettre - qui ressemble plutôt à un petit billet - a été transmise par des détenus de la colonie  UYa 64/71.
Ils y décrivent une nouvelle forme de punition, l'arbitraire sans limite de l'administration pénitentiaire et les tentatives de prisonniers pour résister à une cruauté visant à brises toute volonté.
 
Traductions en russe, anglais et français de l'orignal en langue ouzbek assurées par l'Association Droits de l'Homme en Asie Centrale
 
Ceci est arrivé en décembre 2011 à la colonie pénitentiaire 'Jaslyk'
  
Extrait d'une lettre de détenus du pénitencier OuYa 64/71, situé au bourg de Jaslyk - République du Karakalpak extraits «Dans cette colonie on a introduit une heure quotidienne de lecture des livres du Président [il s'agit du chef de l''Etat ouzbek, Islam Karimov -  NdR.]
 
A la 7ème brigade, comme chaque jour il y avait lecture du livre. Un certain Ortykali  de la ville de Kokand  [la lettre n'indique pas son nom de famille - NdR]  était occupé à bien autre chose et n'écoutait pas la lecture. Pour n'avoir pas écouté le livre du Président, il a été traîné hors de sa cellule.
 
Le Responsable à l'éducation, au pénitencier, se nomme Berdibayev  Ikrom Kadyrbayevitch. [Il s'agit de son vrai nom, NdR.] Il a participé personnellement aux tortures infligées à  Ortykali. C'est lui [Berdybayev] qui avait prescrit de frapper  sur la plante des pieds. Après quelque 30-40 coups, on  a demandé à Ortykali s'il allait maintenant écouter la lecture des livres du Président  et celui-ci  a laissé entendre qu'il demeurait dans ses premières dispositions. Alors  Berdibayev Ikrom Kadyrbayevitch a ordonné d'ajouter vingt coups, toujours  sur la plante des pieds. Au total Ortykali a reçu  quelque 80 coups. Ses pieds ont enflé. Il était incapable de marcher. 
 
Il est alors jeté  pour 10 jours  - sans décision formelle - dans une cellule du nouveau bâtiment, destiné aux condamnés à perpétuité. Quatre autres détenus de la brigade n°7 seront eux aussi emmenés dans ce bâtiment, pour avoir demandé qu'Ortykali  en soit ramené. Ils avaient, d'autre part, annoncé qu'ils entamaient une grève de la faim. Pendant 4 jours ils poursuivirent leur grève. Après cette action de protestation, la version officielle fut que le placement d'Ortykali  avait été régulier. Puis, celui-ci fut conduit à l'infirmerie où ses pieds ont été pansés. Dix jours plus tard,  il en est ressorti pour retourner dans sa brigade habituelle, dans la partie centrale de la colonie. 
 
Ce genre d'incident n'a rien d'exceptionnel; de fait il s'en produit presque chaque jour. Les individus condamnés selon l'article 159 du Code pénal ouzbek et d'autres  détenus de ce pénitencier sont fréquemment placés dans ce bâtiment. Le personnel considère qu'il a le droit d'y placer aussi les prisonniers qui violent le Règlement intérieur du pénitencier. Et que ceci est conforme aux textes officiels».
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Pour désigner le  pénitencier  64/71, la population dit simplement  'Jaslyk'  car il est situé dans le bourg de ce nom, en République à autonome du Karakalpak, en Ouzbékistan. Il est devenu le symbole de l'arbitraire du pouvoir ouzbek. En principe, y sont détenus les condamnés  pour crimes particulièrement graves, tels que : appartenance à une organisation illégale; critique du régime ou, encore,  terrorisme. Il est extrêmement rare que ces condamnés bénéficient d'une amnistie. Le plus souvent, ceux qui s'y trouvent font l'objet, sur place, de nouvelles condamnations,  de sorte qu'ils ne sont jamais relâchés. Quant à ceux qui recouvrent la liberté, ils  s'efforcent d'oublier ce qu'ils y ont enduré. 
 
Ici, la torture est pratique quotidienne. Notre Association a reçu le schéma de la salle où se pratiquent torture et actes  de violence  sexuelle.  Dans son commentaire, l'auteur de ce schéma explique que les traces de torture sont telles que les victimes redoutent de les montrer aux autres prisonniers. Au reste, ces détenus-là sont rapidement  transférés, par étapes,  dans d'autres pénitenciers. En 2002 - à la veille de la visite du Rapporteur spécial des Nations-Unies contre la torture, Théo van Boven - l'entrée de cette salle des tortures a été bétonnée. Ainsi, le sort des  victimes demeure  pratiquement inconnu. 
 
A Jaslyk, les conditions climatiques sont particulièrement rudes. En été la température atteint °50 degrés  pour tomber en dessous de  -°20 en hiver. Des vents soufflent continuellement. Le manque d'eau se conjugue avec sa mauvaise qualité, du fait d'une  forte salinité.. Ceux des détenus qui quittent la colonie sont devenus des  malades chroniques, souvent affligés  d'infirmités. C'est dans cette colonie qu'a séjourné Aziam Farmonov, défenseur bien connu des droits des  paysans et membre de la Ligue des droits de l'homme d'Ouzbékistan. 
 
Toute information en provenance de détenus de Jaslyk frappe par la cruauté des actes qu'elle révèle. Les témoignages où figure le nom des  individus participant à ces tortures sont particulièrement précieux. L'on  y constate, notamment, que ceux-ci agissent  pleinement convaincus de leur impunité.  
 
L'Association Droits  de l'homme en Asie Centrale constate qu'en Ouzbékistan  il est devenu  pratiquement impossible aux défenseurs des droits de l'homme de mener des enquêtes sur les cas de torture. En effet, ils font alors l'objet de poursuites, sous l'accusation de critique du pouvoir en place et leur droit de se déplacer est réduit à presque rien. 
 
Au cours des cinq dernières années, plus de 200 personnes - défenseurs des droits de l'homme ou  journalistes - ont été poursuivies, dont 16 ont été  emprisonnées. Le Bureau de l'organisation Human Rights Watch à Tachkent a été fermé en 2007, après 15 ans de présence  dans le pays. Les collaborateurs de cette ONG se sont vu refuser visas et accréditations et  leur droit de circuler a été singulièrement réduit. De plus en plus souvent, les victimes de violations des droits de l'homme taisent leur identité et s'adressent aux organisations et à l'opinion internationales par l'intermédiaire d'émigrants politiques. 
 
L'Association Droits  de l'homme en Asie Centrale  fait appel aux bonnes volontés   désireuses de coopérer à la  traduction et/ou  à la mise en forme de textes de  l'Association. Pour toute question, s'adresser à: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.